Pourquoi l’originalité ne doit pas sacrifier l’utilité ?

Introduction : L’équilibre délicat entre innovation et impact concret

Dans un monde où la visibilité et la différenciation sont devenues des impératifs stratégiques, l’originalité est souvent célébrée comme une fin en soi. Pourtant, lorsqu’elle est déconnectée de l’utilité, elle risque de se transformer en un simple exercice de style, dépourvu de substance et, pire encore, de portée transformative. Ce paradoxe est particulièrement criant dans le domaine des droits des femmes et de l’égalité des sexes, où les initiatives se multiplient, mais où l’impact réel reste parfois en deçà des attentes.

Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, est un moment clé pour évaluer cette tension. Entre les campagnes marketing esthétisées, les discours inspirants mais vagues, et les actions concrètes en faveur de la parité, de l’empowerment féminin ou de la lutte contre les violences faites aux femmes, une question persiste : comment concilier créativité et efficacité ? Comment faire en sorte que l’originalité serve l’utilité, plutôt que de l’éclipser ?

Ce texte explore cette problématique à travers plusieurs angles :
1. L’originalité comme outil de sensibilisation : comment capter l’attention sans tomber dans le piège du « feminism washing » ?
2. L’utilité comme critère non négociable : quels sont les indicateurs d’un impact réel dans la lutte pour les droits humains et l’égalité des sexes ?
3. Les exemples concrets : analyse de campagnes, d’initiatives et de modèles qui ont su allier innovation et résultats tangibles.
4. Les risques de la sur-esthétisation : quand la forme prend le pas sur le fond, au détriment des femmes pionnières, des femmes leaders et des femmes militantes.
5. Vers une originalité utile : comment repenser les stratégies de communication, d’éducation et d’action pour qu’elles soient à la fois percutantes et transformatrices ?


1. L’originalité comme levier de sensibilisation : entre viralité et profondeur

1.1. Le pouvoir de l’inédit pour briser les tabous

L’histoire des droits des femmes montre que les avancées majeures ont souvent été portées par des actions audacieuses, voire provocatrices. Que ce soit les suffragettes brisant des vitrines, les femmes artistes utilisant leur corps comme manifeste politique, ou les campagnes choc contre les violences conjugales, l’originalité a joué un rôle clé dans la visibilisation des luttes.

Exemples marquants :
#MeToo (2017) : Une simple phrase, devenue virale, a libéré la parole de millions de femmes. Son originalité résidait dans sa simplicité et son universalité.
Les « Femen » : Leur approche radicale (seins nus, slogans percutants) a forcé les médias à couvrir des sujets comme l’avortement ou la traite des femmes, même si leur méthode divise.
« The Future is Female » (slogan des années 1970 réactualisé) : Une phrase courte, reprise sur des goodies, des affiches, des réseaux sociaux, qui a réinvesti l’imaginaire collectif.

Analyse :
Ces initiatives ont en commun d’avoir capté l’attention tout en portant un message clair. Leur originalité n’était pas gratuite : elle servait un objectif précis (libérer la parole, dénoncer une injustice, mobiliser). Cependant, toutes n’ont pas eu le même impact durable. Certaines, comme #MeToo, ont engendré des changements légaux (lois contre le harcèlement), tandis que d’autres sont restées symboliques.

1.2. Le piège du « feminism washing » : quand l’originalité devient un alibi

À l’ère des réseaux sociaux, les marques et institutions surfent sur les causes féministes pour se donner une image progressiste, sans toujours s’engager concrètement. C’est ce qu’on appelle le « feminism washing » (ou « féminisme de façade »).

Exemples problématiques :
Campagnes marketing du 8 mars : Certaines entreprises changent leur logo en rose ou lancent des produits « spécial femmes »… sans aucune action en faveur de l’égalité salariale ou de la parité en interne.
Les « girlboss » : Un concept initialement porteur (femmes entrepreneures inspirantes) a été récupéré pour vendre une image de réussite individuelle, occultant les discriminations systémiques.
Les discours creux : Des célébrités ou politiques utilisent des slogans comme « Girls can do anything » sans proposer de mesures pour les femmes dans les STEM, les femmes en politique ou les femmes dans l’espace.

Conséquences :
Dilution du message : Le féminisme devient une tendance, pas une lutte.
Désengagement : Le public, lassé des discours sans actes, se détourne des causes réelles.
Instrumentalisation : Les vraies femmes militantes sont éclipsées par des figures médiatisées mais peu engagées.

Solution :
Pour éviter ce piège, l’originalité doit être au service d’une utilité mesurable. Par exemple :
– Une campagne virale doit s’accompagner de données (ex : « 1 femme sur 3 victime de violences » → appel à signer une pétition pour une loi).
– Un produit « féministe » doit reverser des fonds à une association ou employer des femmes dans l’industrie textile dans des conditions équitables.
– Un discours inspirant doit s’appuyer sur des femmes leaders concrètes (ex : citation de Wangari Maathai plutôt qu’un slogan générique).


2. L’utilité comme critère non négociable : comment mesurer l’impact réel ?

2.1. Les indicateurs d’un féminisme utile

Pour qu’une initiative soit truly utile, elle doit répondre à au moins un des critères suivants :
1. Changement légal ou politique : Ex : une campagne qui aboutit à une loi sur l’égalité salariale ou contre les violences faites aux femmes.
2. Amélioration des conditions matérielles : Ex : accès à l’éducation des filles, microcrédits pour femmes entrepreneures, formations pour femmes dans la tech.
3. Transformation des mentalités : Ex : réduction des stéréotypes via l’éducation, représentation médiatique des femmes scientifiques ou femmes sportives.
4. Renforcement des réseaux : Ex : création de mentorats pour femmes leaders, plateformes de sororité entre femmes dans l’entreprise.

Exemples concrets :

Initiative Originalité Utilité mesurable
HeForShe (ONU) Campagne engageant les hommes 1,3 million d’engagements concrets (formations, politiques RH)
Malala Fund Utilisation de l’histoire personnelle de Malala 130 millions de filles scolarisées via des programmes éducatifs
« Like a Girl » (Always) Détournement d’une insulte en message positif Baisse de 70% des moqueries « like a girl » dans les écoles partenaires
Les Glorieuses (France) Newsletter féministe avec données chiffrées Influence sur des lois (ex : allongement du délai pour l’IVG)

2.2. L’importance des données et de la transparence

Une action originale mais floue est suspecte. Pour être crédible, une initiative doit :
S’appuyer sur des chiffres : Ex : « Les femmes ingénieures représentent 26% des effectifs en France (source : INSEE) » → justifier une campagne de mentorat.
Avoir des objectifs SMART (Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes, Temporels) : Ex : « Former 1000 femmes dans le numérique d’ici 2025″.
Rendre des comptes : Publier des bilans (ex : « Grâce à vos dons, 50 femmes entrepreneures ont lancé leur entreprise »).

Contre-exemple :
Une marque de cosmétiques lance une campagne « #BeBoldForChange » avec des influenceuses, mais ne publie aucun chiffre sur :
– Le % de femmes dans les postes dirigeants de l’entreprise.
– Les écarts de salaire entre hommes et femmes.
– Les actions concrètes pour les femmes dans la science (alors qu’elle vend des crèmes « scientifiquement prouvées »).

→ Résultat : Une opération de communication, pas un engagement.

2.3. L’utilité à long terme vs. l’effet de mode

Certaines actions ont un impact immédiat mais éphémère (ex : un hashtag viral), tandis que d’autres transforment durablement la société. Pour évaluer la pérennité, poser les questions :
Est-ce que cela change les structures ? Ex : Une loi pour la parité en politique a plus d’effet qu’un discours.
Est-ce que cela crée des modèles reproductibles ? Ex : Un programme de mentorat pour femmes chefs d’entreprise peut être dupliqué.
Est-ce que cela inclut les femmes les plus marginalisées ? Ex : Les femmes dans l’agriculture (70% de la main-d’œuvre dans certains pays) sont souvent oubliées des campagnes « glamour ».

Exemple réussi :
Le programme « Girls Who Code » (États-Unis) :
Originalité : Utilisation de la pop culture (partenariats avec des séries, jeux vidéo) pour attirer les jeunes filles.
Utilité :
– 500 000 filles formées au codage.
– 50% des participantes issues de minorités.
– Taux de rétention dans les STEM 15 fois supérieur à la moyenne nationale.


3. Études de cas : quand originalité et utilité se renforcent mutuellement

3.1. Campagnes publiques : l’art de marquer les esprits sans trahir la cause

Cas 1 : « The Fearless Girl » (2017, State Street Global Advisors)

  • Originalité : Une statue de fillette faisant face au taureau de Wall Street, symbole de la finance masculine.
  • Utilité :
  • Pression sur les entreprises pour nommer plus de femmes dans les conseils d’administration.
  • La société a elle-même augmenté de 30% le nombre de femmes dans ses postes dirigeants.
  • Limite : Critiquée pour être une opération de greenwashing (la société a ensuite payé 5 millions de dollars pour discrimination salariale…).

Leçon : Une image forte doit s’accompagner d’actions internes cohérentes.

Cas 2 : « Blood Normal » (Libresse, 2017)

  • Originalité : Première publicité montrant du sang rouge (et non bleu) pour les protections périodiques.
  • Utilité :
  • Brise le tabou des règles dans 190 pays.
  • Influence des lois (ex : gratuité des protections en Écosse).
  • Impact culturel : Normalisation de la représentation du corps féminin.

3.2. Initiatives militantes : l’audace au service du changement

Cas 3 : Les « Collages Féministes » (France, depuis 2019)

  • Originalité : Affiches collées dans l’espace public avec des slogans percutants (« Les violeurs, on vous voit »).
  • Utilité :
  • Visibilité : Médiatisation massive des violences faites aux femmes.
  • Mobilisation : Création de groupes locaux dans 50 villes.
  • Pression politique : Contribution à l’allongement du délai de prescription pour les viols.

Cas 4 : « Ni Una Menos » (Amérique latine, depuis 2015)

  • Originalité : Mobilisations massives avec des performances artistiques (ex : femmes en rouge symbolisant le sang des victimes).
  • Utilité :
  • Changements légaux : Lois contre les féminicides en Argentine, Mexique.
  • Solidarité transnationale : Mouvement repris dans 20 pays.
  • Éducation : Ateliers dans les écoles sur les violences conjugales.

3.3. Entreprises et innovation : quand le business rencontre l’impact

Cas 5 : « MAIA » (France, plateforme pour l’égalité professionnelle)

  • Originalité : Outil digital permettant aux entreprises d’auto-évaluer leurs écarts de salaire.
  • Utilité :
  • 5000 entreprises utilisatrices.
  • Réduction moyenne de 7% des écarts salariaux dans les structures engagées.

Cas 6 : « SHE Changes Climate » (initiative internationale)

  • Originalité : Mise en avant des femmes dans l’écologie via des portraits et des données (ex : « Les femmes sont 14 fois plus vulnérables aux catastrophes climatiques »).
  • Utilité :
  • Influence sur les COP (Conférences sur le climat).
  • Formation de 10 000 femmes leaders en solutions durables.

4. Les risques de la sur-esthétisation : quand la forme tue le fond

4.1. Le féminisme « Instagrammable » : beau, mais vide

Les réseaux sociaux ont accéléré la tendance à réduire le féminisme à des images stylisées :
Les citations inspirantes : « Une femme qui se respecte ne se laisse pas faire » → mais sans contexte ni appel à l’action.
Les filtres « féministes » : Ex : Filtre Snapchat « I am a feminist » sans aucune information sur les droits des femmes.
Les produits dérivés : T-shirts « The Future is Female » fabriqués dans des usines exploitant des femmes dans l’industrie textile.

Problème :
Dépolitisation : Le féminisme devient une esthétique, pas un combat.
Individualisation : On célèbre la « girlboss » sans remettre en cause les discriminations systémiques.
Commercialisation : Les marques profitent de la cause sans redonner (ex : goodies féministes… mais où va l’argent ?).

4.2. L’effacement des femmes réelles derrière les symboles

Certaines campagnes mettent en avant des femmes inspirantes… mais oubliées :
Exemple : Une marque utilise l’image de Rosa Parks pour vendre des sacs, sans mentionner son militantisme contre le racisme et le sexisme.
Conséquence : Les femmes dans l’histoire deviennent des icônes vides, détournées de leur lutte.

Solution :
Citer les sources : « Cette phrase est de Simone de Beauvoir, autrice du Deuxième Sexe (1949), texte fondateur du féminisme moderne. »
Redonner la parole : Inviter des femmes militantes actuelles à s’exprimer, pas seulement des célébrités.
Lier à l’action : « Acheter ce produit reverse 10% à une association pour les femmes victimes de violences. »

4.3. Le danger du « slacktivism » : cliquer ≠ agir

Le 8 mars, des millions de personnes partagent des posts #JournéeDesFemmes… puis oublient la cause le 9 mars.
Problèmes :
Illusion d’engagement : « J’ai liké, j’ai fait ma part. »
Dilution des priorités : On parle de tout (mode, beauté, succès) sauf des droits humains fondamentaux.
Fatigue militante : Les vraies femmes leaders sont noyées dans le bruit.

Comment éviter cela ?
Appels à l’action clairs : « Signez cette pétition pour l’égalité salariale → [lien] ».
Éducation : « Saviez-vous que seulement 24% des experts cités dans les médias sont des femmes ? » → « Partagez des articles écrits par des femmes journalistes. »
Engagement durable : Proposer un calendrier d’actions (ex : « Chaque mois, soutenez une femme entrepreneure locale »).


5. Vers une originalité utile : comment concilier créativité et impact ?

5.1. Les principes d’une communication féministe efficace

Pour qu’une initiative soit à la fois originale et utile, elle doit respecter ces critères :

Critère Exemple positif Exemple négatif
Message clair « 1 femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint » (chiffres + appel aux dons) « Les femmes sont fortes » (vague)
Cible précise Campagne pour les femmes dans les STEM avec mentorat Publicité générique « Toutes les femmes sont belles »
Appel à l’action « Rejoignez notre formation gratuite pour femmes entrepreneures«  « Likez si vous êtes féministes »
Transparence « 100% des bénéfices vont à une association pour les femmes victimes de violences«  « Achetez notre produit féministe » (sans précisions)
Inclusivité Représentation des femmes noires, femmes handicapées, femmes trans Campagne centrée sur des femmes blanches, minces, hétérosexuelles

5.2. Les outils pour allier originalité et utilité

A. Le storytelling engagé

  • Exemple : La campagne « Like a Girl » (Always) utilise des témoignages réels pour montrer comment les stéréotypes affectent la confiance des filles.
  • Pourquoi ça marche :
  • Émotion : Les spectatrices s’identifient.
  • Données : Études sur la baisse de confiance à la puberté.
  • Solution : Propose des ateliers d’empowerment.

B. Les partenariats stratégiques

  • Exemple : « Girl Up » (ONU) x Disney → Utilisation des princesses pour promouvoir l’éducation des filles.
  • Originalité : Détournement des codes Disney.
  • Utilité : Financement de bourses pour femmes dans la science.

C. Les données visuelles percutantes

  • Exemple : « The Gender Pay Gap Bot » (Royaume-Uni) → Un compte Twitter qui répond aux entreprises célébrant le 8 mars en rappelant leur écart salarial.
  • Impact : Plusieurs entreprises ont corrigé leurs écarts après le bad buzz.

D. Les goodies militants (mais utiles)

  • Exemple : Les ruedesgoodies.com pourraient reverser une partie de leurs ventes à des associations.
  • Condition : Transparence sur la destination des fonds et choix de causes précises (ex : femmes dans le numérique, femmes victimes de violences).

5.3. Éviter les pièges : checklist avant de lancer une initiative

Avant de créer une campagne, un produit ou un événement pour le 8 mars (ou toute autre action féministe), poser ces questions :
1. Quel est l’objectif concret ? (Ex : « Augmenter de 20% le nombre de femmes dans la tech dans notre entreprise »)
2. Qui sont les bénéficiaires réelles ? (Les femmes militantes sur le terrain ou les consommateurs ?)
3. Quels sont les indicateurs de succès ? (Nombre de formations, lois changées, fonds collectés…)
4. Est-ce que cela inclut les femmes les plus marginalisées ? (Femmes noires, femmes pauvres, femmes trans, femmes handicapées…)
5. Quel est le risque de récupération ? (Est-ce que cela peut être perçu comme du feminism washing ?)
6. Comment pérenniser l’impact ? (Un hashtag ne suffit pas : prévoir un suivi.)


Conclusion : L’originalité au service de la révolution, pas de l’illusion

L’enjeu n’est pas de renoncer à l’originalité, mais de la discipliner pour qu’elle serve l’utilité. Dans la lutte pour les droits des femmes, chaque action doit être un levier de changement, pas une simple opération de communication.

Trois pistes pour l’avenir :
1. Exiger de la transparence : Toute initiative se revendiquant féministe doit prouver son impact (chiffres, bilans, bénéficiaires).
2. Privilégier l’inclusivité : Les femmes dans l’histoire ne sont pas seulement blanches, hétérosexuelles et occidentales. Les campagnes doivent refléter cette diversité.
3. Lier systématiquement l’originalité à l’action : Un slogan percutant ? Très bien. Mais il doit s’accompagner d’un appel à signer, donner, militer ou s’éduquer.

Exemple idéal :
Une campagne pour le 8 mars qui :
Capte l’attention avec une vidéo artistique mettant en scène des femmes pionnières (ex : Ada Lovelace, Wangari Maathai).
Informe avec des données sur les écarts salariaux ou la sous-représentation des femmes en politique.
Agit en proposant :
– Un lien pour rejoindre un mentorat.
– Un don à une association pour les femmes victimes de violences.
– Une pétition pour une loi sur la parité.

En résumé :
L’originalité sans utilité est du vent.
L’utilité sans originalité est invisible.
Le féminisme a besoin des deux.


Ressources pour aller plus loin

  • Livres :
  • Le Deuxième Sexe – Simone de Beauvoir
  • Féminisme pour les 99% – Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya, Nancy Fraser
  • We Should All Be Feminists – Chimamanda Ngozi Adichie
  • Documentaires :
  • Feminists: What Were They Thinking? (Netflix)
  • The Janes (HBO) – sur les réseaux clandestins d’avortement
  • Sites :
  • ONU Femmes
  • Les Glorieuses (newsletter féministe française)
  • goodies (pour des produits engagés, à condition de vérifier leur impact)

Le féminisme n’est pas une tendance. C’est une lutte. Et les luttes, ça se gagne avec des actes, pas avec des likes.

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